Lundi 5 Janvier 2026
Nous sommes ici bien loin des « bassines » ces petites retenues d’irrigation demandées par les agriculteurs français qui provoquent tant d’affrontements entre agriculteurs et mouvements écologistes. Le projet ne semble d’ailleurs pas avoir encore été signalé par les médias français, il fait l’objet d’un article* paru dans la revue américaine Science. La Chine a commencé la construction d’un gigantesque barrage sur le canyon très profond, creusé dans sa basse vallée par le fleuve Tibétain Yarlung Tsangpo. Ce fleuve passe ensuite en Inde où il change de nom pour devenir le Brahmapoutre et se jeter dans le golfe du Bengale.
Cet ensemble hydroélectrique aurait une puissance de 60 gigawatts (sachant qu’un EPR produit 1600 mégawatts soit 1,6 gigawatt, la production électrique de l’installation équivaudrait à 37 EPR). Le projet consisterait à dévier une masse d’eau de 3000 m3 par seconde à travers des tunnels creusés dans la base rocheuse himalayenne pour alimenter des centrales souterraines et exploiter ainsi une chute de 2000m. L’eau serait rassemblée dans son débit entier peu avant la frontière et restituée à l’Inde. La combinaison du débit et de la hauteur de chute génèreraient 300 terawatt-heure (téra = 1012) annuels d’électricité soit trois fois la puissance du barrage des trois Gorges, le plus grand barrage au monde, lui-même en Chine.
Nous avons déjà abordé la question de l’effet délétère des barrages sur l’environnement. Mais ici, du fait du gigantisme du projet, a-t-on bien étudié le problème et notamment l’effet qu’il peut avoir sur les modifications du débit du fleuve Brahmapoutre, changements pouvant affecter les populations Indiennes et du Bangladesch qui vivent sur ses berges. En outre le fleuve Yarlung Tsangpo arrache sur le plateau tibétain d’énormes quantités de sédiments qui sont déposés ensuite sur la vallée du Brahmapoutre enrichissant cette plaine fortement peuplée. Il n’est pas précisé si le barrage va complètement stopper le débit du fleuve, il est dit seulement que l’eau sera déviée vers des tunnels creusés dans la roche alimentant plus bas les centrales électriques. En principe donc, les dépôts de limons fertiles ne seraient pas supprimés mais l’étendue de ces dépôts, amplifiée par les crues, va être réduite par la régulation du débit du fleuve.
Les informations sur le projet sont rares ; il est présenté comme une centrale au fil de l’eau c’est-à-dire sans retenue donc sans stockage des sédiments. Cette annonce paraît cependant quelque peu douteuse puisque le canyon serait asséché sur 200km. De plus un réservoir de taille conséquente serait prévu pour atténuer le débit du fleuve permettant une meilleure exploitation de ses capacités de production.
Ce projet, fort utile à la Chine qui a beaucoup investi dans les champs d’éoliennes et de panneaux photo voltaïques dont la production est inconstante et nécessite des apports stables, n’a pas été établi en concertation avec L’inde ni le Bangladesh. Par ailleurs il n’y a aucune accessibilité aux détails du projet notamment ses effets sur l’environnement ou ses limites quant aux risques climatiques ou sismiques. Ainsi naissent les sources de litiges.
* Rafael JP Schmitt et
Brian Eiler, Science, 20 Novembre
2025, p.767