- The Social Conquest of Earth*- de Edward O. Wilson, 1ère Partie


Mardi 5 mars 2013

Ce livre (non traduit encore) « La conquête sociale de la terre » mérite deux billets tellement il est dense.

Mais qui est Edward O. Wilson* ? C’est un chercheur Américain mondialement connu pour ses travaux sur les fourmis, il a enseigné à Harward, écrit 26 livres et d’innombrables articles scientifiques il a reçu une centaine de récompenses en sciences et en lettres ; Evolutionniste il a longuement réfléchi à la singularité de l’être humain et essayé de débrouiller ce que cette singularité doit à l’évolution et à la biologie.

Nous allons nous intéresser dans ce premier billet à l’exposé de sa théorie sur l’origine des espèces « eusociales » (néologisme opposé à asocial). Il existe en effet un paradoxe qui avait été relevé dès l’énoncé de la théorie de Darwin : comment un individu peut-il être altruiste et vivre en société alors que pour survivre à la sélection naturelle il doit continuellement se protéger du monde extérieur (physique ou biologique) et donc être foncièrement égoïste ?

Pendant plus de cinquante ans on à donné à ce paradoxe une explication qui était la « kin sélection » que je traduis : « sélection par parentèle ». Un individu qui n’a pas de descendance va aider son plus proche parent à élever ses enfants car il partage avec ceux-ci une partie de son génome. Cet acte d’altruisme lui permet de ne pas être totalement absent génétiquement de la génération suivante. On voit par exemple dans une famille une tante qui ne s’est pas mariée, qui aide sa sœur à élever ses enfants ; consciemment ou non elle évite ainsi que tout son génome disparaisse de la génération suivante, il sera partiellement présent dans le génome de ses neveux. Si cette aide permet à sa sœur d’élever plus d’enfants qu’elle n’aurait pu le faire normalement, alors l’altruisme est favorisé de génération en génération chaque fois qu’une telle situation se présente et la création de groupes eusociaux devient possible.

Selon Wilson cette théorie est erronée il a émis (en collaboration avec d’autres chercheurs) une nouvelle explication. Un individu qui appartient à un groupe est soumis à deux forces de sélection naturelles celles qui le visent en tant qu’individu (découvertes par Darwin) et celles qui visent le groupe auquel il appartient, c’est une sélection à multi niveaux. La création de groupes eusociaux n’est pas le résultat du degré de parenté d’individu à l’intérieur du groupe mais de l’apparition de liens de cohésion autres, comme : l’entraide, le don de soi, la division du travail, la bonne communication, liens qui peuvent se former entre individus à l’intérieur du groupe et qui vont renforcer sa solidité lorsqu’il sera en compétition avec d’autres groupes.

L’individu dépend de la solidité du groupe auquel il appartient. Si le groupe est détruit par suite d’un conflit avec un autre groupe, les individus qui le composait n’auront pas de descendance (leur fitness génétique disent les anglo-saxons sera nulle).

Les premiers Homo sapiens vivaient en petites bandes de quelques dizaines d’individus qui luttaient entre elles pour s’approprier des territoires et leurs ressources ; or dans de tels conflits, le groupe le plus nombreux certes, mais aussi celui qui avait le plus de cohésion et dont les membres étaient prêts à se sacrifier, celui chez lequel l’altruisme était donc le plus répandu, avait beaucoup plus de chances de vaincre. Ainsi, la sélection de ces groupes plus performants, a fait que ces caractères partiellement héritables se sont répandus dans l’espèce humaine l’amenant ainsi à devenir peu à peu une espèce eusociale.

La sélection multi niveaux explique la nature conflictuelle de nos motivations. En tant qu’individus Darwiniens nous nous comportons égoïstement afin de faire face aux contraintes de la sélection naturelle, en tant qu’individus appartenant à un groupe à qui nous devons aussi notre survie, nous sommes portés à l’altruisme pour notre bonne intégration dans le groupe et la solidité de celui-ci.

*Editeurs Norton & Company , 500 fifth Avenue, New York



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1 commentaire:

Fabrice ROUX a dit…

Le réductionnisme contenu dans la sociobiologie pose problème. L'expression "en tant qu'individus darwiniens que nous sommes" est un présupposé contestable, car le néodarwinisme établi sur les observations de populations animales et végétales, n'est pas transposable aux sociétés humaines.
Qu'une seule science puisse englober à la fois la biologie et la sociologie, cela ne va pas du tout de soi. Les concepts de la première ne s'appliquent pas forcément à la seconde, et vice-versa.
http://fabriceroux.blog.lemonde.fr/2013/07/27/la-sociobiologie-est-elle-une-ideologie/

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