-The Social Conquest of Earth*- de Edward O. Wilson, 2ème Partie


Vendredi 5 avril 2013

Selon Wilson, les questions existentielles auxquelles il faut répondre ont été inscrites très simplement par Paul Gauguin sur un de ses célèbres tableaux Tahitiens : « D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? ». Le projet de Wilson dans son livre « la Conquête Sociale de la Terre » est de donner, au moins partiellement, une réponse scientifique à ces questions grâce notamment aux progrès des sciences biologiques.

« D’où venons-nous ? » Pour Wilson, le trajet évolutif d’une espèce est assimilable au franchissement d’un labyrinthe qui contient la bonne voie et de nombreuses impasses ; la plupart des joueurs, groupes de quelques milliers d’individus par génération, qui étaient engagés dans ce labyrinthe, ont décliné puis disparu, « nos ancêtres pré-humains n’ont pas été choisis, ils n’ont pas été plus grands, ils eurent juste de la chance ».

Le trajet qui à conduit à l’espèce humaine s’est fait par étapes qui peuvent être considérées comme des préadaptations.

- La première préadaptation fut la grande taille et la relative immobilité qui a caractérisé la trajectoire évolutive des mammifères bien différente en cela de celle des insectes sociaux.

- La seconde préadaptation de la lignée des premiers primates fut leur spécialisation à vivre dans les arbres avec, à cet effet, des membres aux extrémités préhensiles faites pour grimper (60 à 70 millions d’années).

- La séparation de la lignée des pré-humains (devenus australopithèques) de celle des singes (3 à 4 millions d’années) est caractérisée par la bipédie. Les australopithèques sont bipèdes permanents (au contraire des chimpanzés et des bonobos qui ne le sont que facultativement), la libération de leurs membres supérieurs va permettre de les affecter à la manipulation des objets (jets de pierres par exemple) et finalement la fabrication d’artefacts (pointes de lances etc.).

- L’étape suivante qui à conduit à l’eusociabilité à été la conquête du feu, on ne sait pas exactement quand cette étape fut franchie.

- Enfin la dernière étape, décisive selon Wilson car elle s’apparente aux nids des insectes eusociaux (fourmis, termites) qui sont défendus contre les ennemis, est le regroupement des êtres humains en campements. Des vestiges de campements ont été découverts chez Homo erectus, chez Homo neanderthalensis et chez les Homo sapiens primitifs.

Il y a 700 000 ans, le cerveau de Homo erectus évolue vers une grande taille, mais son profil est encore fuyant et ses arcades sourcilières proéminentes. Il faut arriver à 200 000 ans pour que les ancêtres d’Homo sapiens soient anatomiquement très proches de nous bien qu’ils aient encore des traits relativement lourds. Les Homo sapiens qui quitteront l’Afrique il y a 60 000 ans pour se disperser sur notre planète ont la même structure anatomique et le même aspect que le notre.

Au commencement les groupes humains sont très petits et dispersés ; avec les améliorations climatiques intervenues entre 60 000 et 50 000 ans, au moment ou Homo sapiens quitte l’Afrique, ces groupes deviennent plus grands ils sont aussi plus nombreux, les innovations culturelles se multiplient, les groupes plus innovants supplantent les autres car plus efficients dans la lutte entre groupes, ainsi la sélection inter groupe (voir précédent billet) va contribuer à l’évolution culturelle.

« Que sommes-nous ? » selon Wilson la nature humaine est faite « de règles épi-génétiques** » issues de l’interaction entre évolution génétique et évolution culturelle qui s’est produite pendant une longue période de notre préhistoire et qui ont persisté dans notre développement mental. Ces règles sont des « biais génétiques » dans la voie où nos sens perçoivent le monde, les options qui s’ouvrent à nous et les réponses qui nous paraissent les meilleures. Parmi les exemples qu’il nous donne, l’un des plus simples à analyser est l’aversion que nous pouvons avoir des serpents alors que nous ne craignons pas d’autres reptiles comme les tortues ou les lézards. L’être humain à payé un tel tribu aux morsures des serpents qu’il s’est créé en lui, il y a très longtemps déjà, une règle épi-génétique de méfiance qui s’exprime instantanément dès que nous voyons un serpent. Cette règle n’est pas un réflexe, elle nous laisse un choix.

Il examine ensuite l’origine des principales caractéristiques qui font la spécificité de l’être humain : le langage, la moralité et l’honneur, la religion, les arts. On peut ne pas être entièrement d’accord avec ces analyses mais les arguments de Wilson ont une cohérence surprenante.

« Où allons-nous ? » Wilson rappelle que « nous sommes une espèce biologique dans un monde biologique » issue du processus de la sélection naturelle. Nous sommes particulièrement bien adaptés aux conditions qui règnent sur notre planète et il est illusoire de penser que nous pourrions aller vivre ailleurs. Dès lors nous devons prendre soin de notre lieu de naissance. Si les changements provoqués par les destructions d’habitat, les espèces invasives, les pollutions, la surpopulation et les prélèvements, ne sont pas diminués nous perdrons la moitié des espèces encore vivantes et nos descendants seront méprisés. Il fait aussi un éloge de la connaissance issue de la science qui est irréconciliable avec l’enseignement donné par les religions.

La terre selon lui « pourrait devenir, au cours du vingt deuxième siècle, un paradis permanent pour les êtres humains, si nous le voulons ».

*Editeurs Norton & Company , 500 fifth Avenue, New York.

**Epi-génétique : des études, actuellement en plein développement, montrent que la transcription d’un gène peut non seulement dépendre de répresseurs où d’inducteurs faisant partie du génome, mais aussi de modificateurs épi-génétiques tels que méthylations de l’ADN, acéthylation et méthylation des histones (ces histones sont des protéines présentes dans l’empaquetage de l’ADN dans le chromosome). L’accrochage de ces radicaux est induit par le métabolisme et donc sous l’effet de la nutrition et de l’environnement, il peut être héritable ou non.



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