Réchauffement climatique et sécurité alimentaire

Mardi 5 novembre 2013

La revue Science du 2 août dernier a consacré une section spéciale aux effets des changements climatiques sur les milieux naturels. Si la majorité de ces articles est réservée à des spécialistes, il en est toutefois un qui nous concerne au plus haut point, c’est celui relatif aux impacts des changements climatiques sur la sécurité alimentaire*. Je vais en extraire les principales informations.   

Qu’entend-on par sécurité alimentaire ? Selon la FAO il ne s’agit pas seulement de la disponibilité de nourriture en quantité et qualité suffisantes, mais aussi : de l’accès individuel à des revenus qui permettent d’acquérir la nourriture ; de l’utilisation des aliments en régime diététique équilibré ; de la disponibilité d’eau potable et de conditions sanitaires satisfaisantes ; enfin une stabilité dans le temps de toutes ces ressources. Si un milliard d’êtres humains est encore en sous nutrition, on peut estimer à deux milliards ceux qui ne remplissent pas la définition donnée par la FAO.

L’article rappelle l’évidence des changements climatiques survenus depuis la fin du 19ème siècle : la température a augmenté de 0,8°C du fait de l’activité humaine à la suite des émissions de gaz à effet de serre - les niveaux de CO2 dans l’atmosphère sont passés de 284 ppm (parties par millions) en 1832 à 397 ppm en 2013 – le climat s’est réchauffé, la pluviométrie s’est modifiée, la sévérité des excès climatiques s’est accrue. A la fin de ce siècle le réchauffement pourrait atteindre de 1,8°C à 4,0°C

En ce qui concerne la disponibilité en nourriture, les diverses simulations qui ont été faites, montrent que les baisses de rendements consécutives aux changements climatiques sont plus fortes dans les aires tropicales que dans les hautes latitudes ce qui coïncide malheureusement avec les pays qui souffrent déjà de déficits alimentaires. Ainsi, si l’on s’intéresse aux principales espèces cultivées, les plus grands changements affectent l’Afrique et le sud de l’Asie. Les pertes de rendements dans toute l’Afrique seraient de 17% pour le blé, 5% pour le maïs, 15% pour le sorgo, 10% pour le millet ; pour le sud de l’Asie, les pertes de rendements seraient de 16% pour le maïs, 11% pour le sorgo mais il n’y aurait pas de modifications pour les rendements du riz.

Si l’on s’intéresse à l’Europe, dans une simulation portant sur les rendements de 11 espèces majeures donnée par la Banque Mondiale pour 2050, la France, l’Espagne et la Grèce verraient des pertes de rendements de 10% alors que l’Angleterre, l’Allemagne et les pays Scandinaves verraient leur rendements en augmentation de 10% environ.

Les prévisions sont plus difficiles concernant les autres composantes de la sécurité alimentaire. Pour l’accessibilité à la nourriture, des rendements simulés ont été utilisés pour faire des prévisions sur l’impact des changements climatiques sur les prix, les revenus et le commerce à l’échelle macroscopique, mais la faiblesse de cette approche est qu’elle ne tient pas compte des facultés d’adaptation locales. En ce qui concerne l’utilisation de la nourriture, le changement climatique aura évidemment des incidences sur la qualité des aliments, accroîtra leur prix de revient du fait des mesures qu’il faudra prendre pour éviter leur contamination pendant le stockage.  Enfin le changement climatique risque d’affecter la stabilité de l’ensemble du  système alimentaire devenant un important déterminant des prix. Ces assertions sont logiques mais, selon les auteurs de l’étude, des recherches nouvelles seraient nécessaires pour en réduire les incertitudes.

T. Wheeler, J. Von Braun, Science 2 août 2013, N° 6145, pp 508-513.




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