Jeudi 5 Février 2026
L’introduction de nouvelles espèces en agriculture est une vieille histoire, les grands explorateurs ont ramené de leur voyage maintes plantes soit pour enrichir les collections botaniques soit pour tenter leur culture dans nos climats tempérés. On leur doit notamment la pomme de terre, la tomate qui nous sont maintenant aussi indispensables que ne l’étaient les anciennes espèces cultivées. Avec le réchauffement climatique des agriculteurs tentent dans nos climats tempérés, des cultures jusqu’ici réservées à des climats subtropicaux dans lesquels les températures favorables à la croissance des plantes sont comprises entre 0 et 30°C (Notons qu’il a existé aussi la tentation inverse, moins justifiées maintenant, de déplacer des espèces tempérées vers les zones subtropicales). Quelles sont leurs chances de succès ou encore à quoi peuvent-ils s’attendre ?
Notons d’abord que si les limites thermiques peuvent constituer un obstacle majeur, elles ne sont pas les seules à prendre en compte. Il y a la pluviométrie ; le taux hygrométrique moyen de l’air pour lequel les plantes ont acquis une réponse adaptative ou non ; la longueur du jour qui peut intervenir sur l’induction florale. Enfin la composition du sol ou ses caractéristiques structurelles peuvent s’opposer au développement de certaines espèces (plantes calcifuges, plantes sensibles à l’asphyxie).
L’introduction de plantes annuelles (tomate par exemple) a souvent réussi. Par la rapidité de leur cycle de reproduction elles évitent, en climat tempéré, les périodes froides de l’hiver. Les problèmes peuvent être graves pour les espèces bisannuelles et pluriannuelles qui vont subir au cours de leur vie plusieurs cycles climatiques complets. Un exemple, concernant l’introduction en France de la culture du kiwi, illustrera me semble-t-il, plus concrètement, les difficultés qui surviennent.
Le kiwi (Actinidia chinensis) est une liane pérenne originaire des rives du cours moyen et inférieur du fleuve Chinois Yang Tsé Chiang en climat subtropical humide. Il a été introduit en Nouvelle Zélande, sélectionné et cultivé dans l’ile nord de ce pays lui aussi en climat subtropical humide. En dernier lieu il a été introduit en France et planté pour la première fois en 1965 dans les Pyrénées Atlantiques. Les premières publications françaises sur cette culture lui donnaient une capacité d’adaptation très large, ainsi de nombreux arboriculteurs ont créé des vergers dispersés dans toutes nos régions. Les échecs ont été très nombreux à mesure que l’on s’éloignait de l’extrême sud-ouest lieu de la première implantation.
- Vers le
nord, les dégâts de gel tardif devenaient de plus en plus importants dès que l’on atteignait la vallée de la
Garonne, ils affectaient au printemps les jeunes bourgeons en début de
croissance mais aussi les fruits avant leur récolte qui se situe fin octobre.
Dans les zones très gélives : bordure du Massif Central, vallée de la
Loire, les dégâts de gel étaient si graves que les écorces éclataient, le
rétablissement des plants était compromis.
- En
Méditerranée le gel tardif étant plus rare, il n’était plus un obstacle
majeur ; mais un nouvel avatar s’est opposé à la culture des kiwis :
les vents desséchants. Les feuilles de cette espèce subtropicale humide ne sont
pas adaptées à une faible hygrométrie, elles se dessèchent par vent sec, c’est
le «folletage» qui va s’opposer au développement de la plante et du fruit.
- Le
kiwi est une espèce multipliée par bouturage ; les racines des plants
bouturés sont sensibles au calcaire qui induit des chloroses, l’espèce a dû
être ainsi retirée des sols calcaires, elle a dû être encore retirée des sols
mal drainés car elle redoute l’asphyxie.
En définitive le meilleur
comportement du kiwi correspond à la zone des Pyrénées Atlantiques à climat
chaud et humide, sur des sols d’alluvions légers ; ces conditions sont
celles de son lieu d’adaptation d’origine.
Si l’on veut étendre sa culture plus au Nord ou à l’Est, il faut en faire une culture artificielle, c’est-à-dire lui fournir des protections qu’elle n’a pas naturellement : protection antigel, abris contre les vents desséchants, choisir les sols non calcaires et non asphyxiants. La sélection naturelle a façonné l’espèce pour un seul milieu et son déplacement affiche ses insuffisances dans les autres milieux.
Le réchauffement actuel qui rapproche thermiquement une zone tempérée d’un climat subtropical, n’en corrige pas nécessairement les autres caractéristiques climatiques ou pédologiques. Il ne peut satisfaire entièrement toutes les aptitudes ou inaptitudes qu’une espèce a acquises par la sélection naturelle dans son milieu d’origine.