Jeudi 5 Novembre 2026
Le réchauffement climatique rend les zones alpines, au-delà de la couverture arborée, plus accueillantes à la diversité végétale ; les espèces ayant une bonne tolérance au froid présentes sur les marges inférieures ont pu s’y répandre et coloniser les sommets. Des relevés floristiques l’on bien démontré. En contrepartie, cet enrichissement pourrait masquer la disparition d’espèces particulièrement adaptées au froid. La disparition de ces espèces à répartition géographique restreinte diminue la diversité fonctionnelle et donc la richesse génétique.
Une initiative de recherche et d’observation globale de l’environnement alpin (GLORIA) comprenant 45 Chercheurs* a implanté un réseau d’observations sur 62 sommets dans 16 régions montagneuses Européennes (notamment Alpes et Pyrénées). Chaque base du réseau était constituée de 16 parcelles délimitées chacune par un cadre permanent de 1m sur 1m fixé au sol. Dans chacune de ces parcelles on a fait l’inventaire des espèces végétales présentes, leur fréquence et la surface de leur couverture, quatre fois dans un intervalle de 7 ans de 2001 à 2022. Est définie comme extinction locale la présence d’une espèce observée lors d’une campagne d’échantillonnage et sa disparition lors des campagnes suivantes.
Des extinctions locales ont été observées lors de chaque inventaire. Les chiffres ont varié comme il suit : 980 à 1451 +/-9 à l’échelle de la parcelle, 118 à 185 +/-4 à l’échelle du sommet, 57 à 99 +/-2 à l’échelle de la région montagneuse (pour tenir compte des variations méthodologiques entre inventaires des ré échantillonnages ont été faits, les résultats sont présentés sous forme de moyennes et d’écart types). Dans un décompte plus prudent où l’espèce était présente au premier comptage et absente les trois suivants, les chiffres étaient les suivants : 578, 62 et 31 extinctions soit 6,5%, 3,5% et 3% des observations.
Ces extinctions sont-elles liées au réchauffement climatique ? Pour cela les auteurs ont calculé la différence entre la température moyenne des 14 années précédent chaque relevé et la température moyenne d’une période de référence comprise entre 1900 et 1950. En remplaçant le temps par l’ampleur du réchauffement dans leur modèle ils ont constaté que les taux d’extinction locaux étaient positivement liés au réchauffement climatique. Avec un réchauffement supplémentaire de 0,1°C la proportion d’extinctions locales a augmenté de 1,6%, 1,1% et 1,0% aux trois niveaux d’observations.
Autre observation ; la probabilité pour qu’une espèce soit déclarée éteinte sur une parcelle lors du dernier relevé en 2022 augmentait avec la diminution de la couverture de la parcelle par cette espèce les 14 années précédentes ceci indépendamment de la couverture de cette espèce lors du premier relevé. La diminution du couvert végétal d’une espèce prédit donc son extinction.
En dernier lieu les auteurs ont établi la position moyenne altitudinale d’une espèce par rapport à la moyenne altitudinale de toutes les autres espèces classifiant ainsi chaque espèce comme plus ou moins adaptée à l’altitude selon sa position par rapport à la médiane de la population. Ils ont constaté que le rang altitudinal relatif était positivement corrélé à la probabilité d’extinction. L’espèce qui se trouve répartie à une altitude moyenne supérieure à la médiane de la population, risque de disparaître si l’altitude de la montagne est inférieure à son rang altitudinal.
Cet article colossal laisse perplexe ; n’aurait-il pas mieux valu se limiter à un sommet et ne s’intéresser qu’aux seules espèces qui y vivent et à leur devenir ? Des sommets aussi éloignés que la Sierra Nevada et les Carpates possèdent des espèces locales, irremplaçables dont on ne sait quel a été leur sort. Le gigantisme de l’étude a obligé à ne traiter que des moyennes et leur écart type ; si les résultats confirment bien une perte d’espèces, il en masque la valeur.
*Johannez Wessely et al. Science, 3 septembre 2026, pp. 1021-1026