Lundi 6 Avril 2026
Chez les plantes la croissance de la partie aérienne et celle des racines est conditionnée par la disponibilité de l’azote dans le sol. En présence de fortes teneurs de ce macronutriment, il y a une réallocation des ressources de la plante vers sa partie aérienne qui se développe fortement, lorsque l’azote se raréfie la réallocation se fait vers les racines qui, à leur tour, se développent et peuvent ainsi explorer des zones nouvelles pour y puiser l’eau et les nutriments. En culture hydroponique de fraises par exemple, les racines des plants qui baignent dans la solution nutritive forment un petit amas dans le bac alimentaire constamment enrichi en azote alors que la partie aérienne se développe abondamment vers le bas sur plus d’un mètre. Ce que nous venons de décrire en culture artificielle est valable pour toutes les plantes ; en milieu naturel, si le sol est riche en azote, leur partie aérienne se développe beaucoup plus que la partie souterraine et inversement.
La richesse en azote de la solution puisée dans le sol, module le nombre de ramifications aériennes par un mécanisme épigénétique. Chez les racines un facteur génétique de transcription régule la synthèse de l’auxine, l’hormone abonde dans les racines en cas de manque d’azote ce qui favorise leur croissance et leur ramification.
Nous aborderons succinctement les mécanismes génétiques. Des études antérieures réalisées sur le riz, ont montré que le tallage (nombre de pousses émises par un pied) est commandé par le complexe répressif PRC2 qui réprime les gènes inhibiteurs de la formation de nouveaux talles ; une protéine NGR5 liée à la quantité d’azote présente, recrute le complexe PRC2 sur ces gènes ciblés ; plus il y a de NGR5 (donc plus d’azote) plus les gènes inhibiteurs de la formation des talles sont inhibés ce qui libère un fort tallage et réciproquement. Le contrôle de l’émission des racines se fait par un système génétique analogue, Le complexe répressif DNR1 limite l’élongation et la ramification racinaire en supprimant l’accumulation d’auxine, il est modulé par une protéine RNR10 liée à la teneur d’azote.
Ces deux systèmes de régulation, l’un du tallage de la plante, l’autre de l’émission des racines, fonctionnent-ils indépendamment ? Des Chercheurs* ont montré récemment qu’un gène OsWRI1a coordonne l’activité des deux systèmes. En ce qui concerne le tallage, OsWRI1a active directement NGR5 qui s’accumule en réponse à la présence d’azote ; ce gène fournit ainsi une couche régulatrice additionnelle. Pour les racines, OsWRI1a interagit avec RNR10 et agit sur l’association RNR10-DNR1 modulant ainsi la stabilité de DNR1 et l’accumulation d’auxine.
Cette simple observation « Si vous apportez de l’azote à une culture vous favorisez sa production aérienne » a poussé les Chercheurs à en connaître la nature génétique. Jusqu’ici il s’agit uniquement d’un progrès de la connaissance. Cependant les auteurs de l’étude pensent que la sélection basée sur ces résultats doit permettre de créer des génotypes capables d’augmenter leur production en économie d’azote.
*Chengbo Shent et al. Science 26 février 2026, pp 937-945.