O.G.M. : La construction d’un O.G.M.


Lundi 26 janvier 2009

Cet exposé se divise en cinq parties : rappel de quelques connaissances en biologie, la construction des O.G.M., les risques pour la santé humaine et animale, les risques pour l’environnement, les bénéfices. Il se terminera par une réflexion sur l’aptitude à adopter vis-à-vis des O.G.M.

II ) La construction d'un O.G.M.
C’est une construction artificielle qui se fait en laboratoire. Je n’entrerai pas dans le détail de cette construction. Je me contenterai pour les végétaux d’en donner les lignes principales. Celle-ci met en œuvre deux espèces vivantes : un donneur et un receveur. Le donneur va fournir le gène qui nous intéresse, le receveur va l’intégrer dans sa molécule d’ADN où ce gène pourra fonctionner comme tous les autres et notamment être transmis par reproduction sexuée.

Je vais prendre un cas concret celui de la résistance du maïs à la pyrale. On savait qu’une bactérie Bacillus Thuringiensis produisait une protéine capable de tuer les chenilles de certains lépidoptères et notamment celles de la pyrale du maïs. On avait utilisé d’ailleurs des pulvérisations de spores de cette bactérie pour lutter biologiquement contre ces insectes. L’idée était donc de prendre le gène de la bactérie qui est à l’origine de cette protéine toxique et de l’insérer dans l’ADN du maïs où elle va fonctionner et fabriquer dans chaque cellule une protéine toxique pour les chenilles de pyrale. L’opération est complexe, je n’entrerai pas dans le détail, j’en énumèrerai seulement les étapes : 
  1. On identifie chez le bacille Bacillus Thuringiensis le gène (c. à d. le fragment d’ADN) qui code pour la protéine toxique. Le gène est isolé et inséré dans un plasmide qui est une molécule d’ADN circulaire présent chez les bactéries et notamment l’Agrobactérium tumefasciens agent de la galle en couronne (crown gall) chez les plantes.
  2. Le plasmide transformé est replacé dans une bactérie porteuse ici l’Agrobactérium tumefasciens.
  3. On infecte une culture cellulaire d’une variété de maïs avec la bactérie porteuse qui injecte le plasmide dans les cellules de maïs.
  4. Le plasmide s’insère dans l’ADN de certaines cellules.
  5. On régénère des plants de maïs à partir de la culture cellulaire infectée.
  6. On teste les plants de maïs régénérés pour voir s’ils ont intégré le gène et si celui-ci fonctionne.
Le processus a été le même pour la création des O.G.M. résistants au Glyphosate ou RoundupR. En 1970 un chimiste de Monsanto découvrait que le Glyphosate est un herbicide capable de détruire une très grande diversité de plantes lorsqu’il est déposé sur les jeunes feuilles de leur semis. Plus tard des chercheurs ont montré qu’il empêche le fonctionnement d’une enzyme essentielle des plantes dite EPSPS, enzyme à l’origine de la synthèse de trois acides aminés aromatiques indispensables. Ce Glyphosate a d’autres propriétés remarquables : il n’est ni toxique pour les insectes ni pour les animaux car ces groupes d’espèces ne possèdent pas l’enzyme de synthèse des acides aminés aromatiques. L’herbicide n’est pas soluble dans l’eau et donc il ne s'infiltre pas dans le sol, il se fixe sur les particules du sol et se dégrade en peu de temps. Devant les aptitudes remarquables de cette molécule l’idée est venue de créer des variétés agricoles résistantes à cet herbicide. Un traitement au Glyphosate permettant ainsi d’éliminer toutes les mauvaises herbes de la culture tout en préservant la variété agricole résistante. On a découvert chez une bactérie un gène appelé CP4 qui était capable de synthétiser les acides aminés aromatiques par une autre voie que celle de l’enzyme EPSPS, on s’est donc mis au travail pour créer des variétés agricoles O.G.M. contenant le gène CP4 qui leur donnait la résistance au Glyphosate. En 1996 Monsanto et d’autres sociétés ont introduit des variétés de coton, maïs, betterave à sucre, de colza, résistantes au Glyphosate et l’utilisation de celles-ci et du Glyphosate ont cru de manière exponentielle.

Vous venez d’apprendre ce que recèlent les deux principaux O.G.M. actuellement les plus cultivés. Je dois rappeler cependant que la fabrication d’un O.G.M. nécessite un savoir faire et une connaissance poussée en biologie moléculaire. Les sociétés qui se lancent dans cette voie ont dépensé beaucoup et veulent un retour d’investissement conséquent.

Nous allons voir, maintenant, quels sont les risques et bénéfices de l’utilisation des variétés O.G.M.



Les questions environnementales vous intéressent-elles ? Vous pouvez enrichir vos connaissances et acquérir une vision globale de ces problèmes en lisant mon dernier livre : « Environnement, l’Hypothèque Démographique ».



1 commentaire:

scienceblog a dit…

J'ai fait la découverte de ce blog, tout pareil, et je découvre avec émerveillement que le Dawinisme existe (dans le bandeau). À moins qu'il ne s'agisse de Darwinisme ...

Cet article semble annoncer que l'invention de l'O.G.M. est propre à Monsanto. Ce n'est pas le cas. Je me rappelle mes études en 1986 à Paris, les premiers essais de transfection du plan de tabac par le bactériophage et l'introduction de gènes de résistances de je ne sais plus quoi, mais bon, on savait qu'il était possible de faire ce que font Monsanto et d'autres aujourd'hui.

La découverte n'est pas le fait ou le résultat d'un seul, mais de nombreux chercheurs qui travaillent ensemble, car le savoir se construit en collectivité, et pas en catimini dans un laboratoire. Des chercheurs privés et publics ont rendu possible la construction des OGM parce les intérêts économique, sociétaux, etc. étaient nombreux. Peut-être aussi parce que l'ADN est une molécule qui fascine : ce nouveau paradigme du codage génomique est encore d'actualité, malgré les ombres et les doutes apportés par le champ épigénétique. Mais c'est une communauté de chercheurs qui l'a fait, pour des raisons diverses et variées, et pas pour des intérêts "simplement" économiques sur la tête desquels on pourrait, à juste ou mauvais titre, faire porter le chapeau.

Lorsqu'une communauté de chercheurs construit un savoir, c'est l'ensemble de la société qui en est responsable. Je me rappelle encore, à cette époque, combien nous rêvions de la construction d'OGMs qui aideraient le monde pour la production de protéines, de médicaments, etc. Quelle avancée technologique majeure !! Sot aurait été celui qui aurait refusé ce rêve : on l'aurait qualifié de réactionnaire, vivant dans un passé naturaliste et romantique.

Être contre les OGMs est facile aujourd'hui, nous savons que le danger potentiel existe, que les intérêts économiques ont pour une large part contribué à un développement trop rapide de leur utilisation, qu'il faudrait revenir en arrière ... Mais notre responsabilité est d'apporter une place sociale aux communautés de recherche telles que le corps social puisse apprécier leurs découvertes au moment ou elles les font, pas 20 ans plus tard.

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