Dossier Darwin : II ) Charles Darwin (1809-1881)


Mardi 15 juillet 2008


Cette synthèse est publiée sur mon blog en 5 parties : avant Darwin, Darwin, après Darwin, les apports récents, théorie de l’évolution et société.

La partie historique doit beaucoup au livre de Stephen Jay Gould : La structure de la théorie de l’évolution (Gallimard 2000) que je conseille de lire à ceux qui s’intéressent à cette théorie.

II ) Charles Darwin (1809-1881)
Lorsqu’il publie son livre magistral : On the origin of the species by means of natural selection, or the preservation of favoured races in the struggle for life en 1856, Charles Darwin est un biologiste expérimenté, il a publié ses notes de voyage en Amérique du Sud et dans le Pacifique à bord du Beagle (Zoology of the voyage of the Beagle 1843) qui a eu une grande influence dans l’élaboration de sa théorie ; une monographie sur les cirripèdes fossiles (il a donc de bonnes connaissances en paléontologie) ; il vit dans une Angleterre dynamique en pleine ère Victorienne, et si l’influence créationniste est très forte, même dans les sciences, les biologistes commencent à réfléchir sur les incohérences du fixisme notamment à partir des observations faites en paléontologie et sous l’influence de précurseurs comme Lamarck. Le livre aurait été écrit en toute hâte car Alfred Russel Wallace était sur le point de publier une théorie semblable à celle élaborée par Darwin (Wallace avait fait une communication de ses conceptions à la société linnéenne de Londres).

L’Origine des espèces est un livre de très haute qualité scientifique. Il est à la fois l’exposé cohérent d’une théorie avec les nombreux exemples qui l’étaye, les critiques que l’on peut lui faire et une réponse à ces critiques, enfin l’examen des conséquences que l’on peut en tirer. Que dit-il :

Le premier chapitre qui traite de la sélection de l’homme pour l’amélioration des espèces domestiques est le modèle qui va servir à bâtir la théorie de la sélection naturelle. Darwin constate qu’au cours de l’amélioration des espèces domestiques l’homme a exploité une importante variabilité héréditaire qui existait chez le ou les géniteurs initiaux sauvages. Il ne sait pas comment s’héritent les caractères ; il est même un peu Lamarckien à ce sujet en pensant que le système de reproduction est sensible aux conditions du milieu «…Ce système (reproducteur) paraissant être beaucoup plus sensible qu’aucune autre partie de l’organisme à l’action de quelque changement des conditions de vie» dit-il, mais il ne s’intéresse qu’aux variations qui s’héritent. La sélection continue de légères variations a conduit aux différentes races domestiques que nous connaissons. Enfin les races domestiques présentent une adaptation dans leur structure et leur fonction à ce que désire l’homme.

On va retrouver continuellement ces termes dans l’élaboration de la théorie au cours des chapitres suivants.

-Variabilité.
Dans la nature il existe aussi une variabilité. Celle-ci fait que l’on a quelquefois des difficultés à séparer l’espèce des variétés qui la composent « Je considère les variétés ayant un degré de plus en plus distinct et permanent comme des étapes conduisant à des variétés de plus en plus marquées et permanentes, et ces dernières conduisant aux sous espèces puis aux espèces ». « Je considère le passage de la variété du stade ou elle diffère légèrement de ses parents à celui où elle en diffère beaucoup comme l’action de la sélection naturelle qui accumule des différences de structure dans des directions définies ». Les espèces ont ainsi pour origine des espèces ancestrales.

-La sélection naturelle.
Tous les êtres organisés sont exposés à une compétition sévère. C’est la lutte pour la vie. Darwin utilise cette expression au sens large, incluant les concurrences biologiques, mais aussi l’agressivité des facteurs du milieu physique. Ces éléments peuvent le détruire mais aussi réduire son succès reproducteur.

Toute variation extrêmement légère si elle est à un certain degré profitable pour l’individu tendra à préserver cet individu et sera héritée par sa descendance. Car l’avantage sera déterminant dans sa lutte pour la vie. Le principe par lequel une légère variation favorable sera préservée est par analogie à la sélection des espèces domestiques appelée par Darwin : Sélection Naturelle.

-Adaptation.
Les productions de la sélection naturelle seront particulièrement bien adaptées aux plus complexes conditions de la vie.

-Spéciation.

"Je considère le passage de la variété du stade où elle diffère légèrement de ses parent à celui où elle diffère beaucoup comme l'action de la sélection naturelle qui accumule des différences de structure dans des directions définies". Les espèces ont ainsi pour origine des espèces ancestrales. Les nouvelles espèces sont formées au cours du temps par la sélection naturelle, les autres deviendront plus rares et finalement s’éteindront. Les variétés sont des espèces en processus de formation.

En résumé, la sélection naturelle, c.à.d. l’ensemble des contraintes auxquelles est soumise un individu au cours de son existence, agit sur la variabilité héréditaire en ne gardant que les individus qui présentent des caractères qui les avantagent et élimine les autres. La réserve de variabilité héréditaire présente chez les espèces est ainsi continuellement modifiée au profit de celle qui lui est favorable, il en résulte une évolution des espèces et leur remplacement par des espèces de mieux en mieux adaptées aux conditions du milieu dans lequel elles vivent. Ceci est le cœur de la théorie ; il entraîne que tous les individus d’une même espèce, toutes les espèces d’un même genre, et de même pour les groupes supérieurs, doivent descendre de parents communs. Le monde vivant est le résultat d’un processus évolutif continu.

Il y a dans l’exposé de Darwin plusieurs difficultés auxquelles il a plus ou moins bien fait face car dans la plupart des cas les connaissances de son époque ne lui permettaient pas d’y répondre de manière satisfaisante. Je citerai les trois plus importantes :
-Darwin parle de variations héréditaires sans pouvoir expliquer d’une façon convaincante leur origine ;
-il explique très mal le fait que l’on n’aboutisse pas à une confusion totale des organismes résultant de la sélection naturelle alors qu’ils s’organisent en espèces ;
-enfin dans les strates biologiques on devrait trouver les types intermédiaires séparant une espèce ancêtre aux espèces descendantes, ce qui n’est pas le cas.
J’ai déjà dit ce qu’il répondait pour les variations héréditaires : son ignorance teintée de lamarckisme. En ce qui concerne l’absence de confusion entre espèces due à la stérilité des croisements et des hybrides, elle résulte pour Darwin de différences inconnues qui affectent les systèmes reproducteurs et qui surviennent au cours de la sélection naturelle. Enfin en ce qui concerne l’absence de transitions elles s’expliquent par les lacunes géologiques.

Nous verrons dans la suite de l’exposé que toutes ces questions ont trouvé leurs réponses.

Lire la suite du dossier "Darwin et la théorie de l'évolution":



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