Dossier Darwin : V ) Théorie de l’évolution et société


Lundi 4 août 2008

Cette synthèse est publiée sur mon blog en 5 parties : avant Darwin, Darwin, après Darwin, les apports récents, théorie de l’évolution et société.
La partie historique doit beaucoup au livre de Stephen Jay Gould : La structure de la théorie de l’évolution (Gallimard 2000) que je conseille de lire à ceux qui s’intéressent à cette théorie.

V ) Théorie de l’évolution et société
Dans son dernier chapitre Darwin dit « Je vois, dans un futur proche, des domaines ouverts à de plus importantes recherches…De la lumière sera projetée sur l’origine de l’homme et de son histoire ». Il voyait déjà que sa théorie allait provoquer d’importantes modifications dans la manière de voir l’espèce humaine.
Le darwinisme a été l’objet de nombreuses attaques, des créationnistes évidemment mais aussi à de nombreuses autres théories d’essence scientifique mais qui n’avaient pas les mêmes bases expérimentales.

Au niveau des sociétés le darwinisme a produit des dérives malheureuses telles que l’eugénisme. Puisque la sélection naturelle élimine les plus forts, la société humaine doit-elle conserver les inaptes ? Ne faut-il pas empêcher que des gènes défavorables se maintiennent dans les races humaines ? Ainsi au début du siècle dernier la stérilisation des individus porteurs de tares génétiques a été systématisée dans certains pays. Heureusement cette pratique eugénique a par la suite été condamnée.

La théorie de l’évolution est aussi à la base de la querelle entre l’inné et l’acquis. Dans quelle mesure l’homme qui est de plus en plus un être culturel est-il influencé par son patrimoine génétique ? Certains disent que non, que le culturel et le social décident de son comportement. Ainsi ont été élaborées des doctrines qui ignorent tout de son origine darwinienne comme l’existentialisme de Sarthe (philosophie de l’existence) ou la déconstruction de Derrida (philosophie de l’art). D’une manière générale les philosophes français ont jusqu’ici fait l’impasse de l’homme, être biologique. Ce n’est que récemment que J. M. Schaeffer dans son livre "La fin de l’exception humaine" (2007) montre les lacunes du « je pense donc je suis » de Descartes et revient aux sources darwiniennes.

Edward O. Wilson dans son livre « L’unicité du savoir » (2000) considère que l’inné et l’acquis sont d’un poids équivalent dans le comportement humain. La biologie est devenue une science dure à l’égal de la physique ou de la chimie, et les sciences humaines doivent se rapprocher de la biologie pour gagner en crédibilité. Fondateur de la sociobiologie, il considère qu’il y a un soubassement génétique darwinien dans le comportement humain. Les gènes prescrivent des règles épigénétiques « ce sont les régularités de la perception sensorielle et du développement mental animant et canalisant l’acquisition de la culture ». Il y a coévolution gènes/culture. Cette coévolution forte chez l’homme préhistorique s’est affaiblie avec la montée des civilisations. Quel degré de divergence les règles épigénétiques laissent-elles à la culture ? Les sciences humaines ne doivent-elles pas s’appuyer sur les progrès de la biologie pour établir leurs diagnostics ?

Conclusion
La théorie de Darwin, dès sa naissance, a induit une activité cognitive extraordinaire. Elle s’est enrichie, précisée, et n’a pas été jusqu’ici démentie tant ses bases étaient solides. Elle fait chaque jour l’objet de nouvelles publications notamment sur des études expérimentales en rapport avec ses prévisions. C’est une théorie majeure en biologie. Le seul regret que l’on puisse avoir c’est l’absence presque totale de la recherche française dans le débat.


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1 commentaire:

Anonyme a dit…

J’essayerais de vous poser une question assez concrète pour vous illustrer mon motif d’être sceptique. Pour moi la pertinence des propositions corporelles issues des variations génétiques passant l’épreuve de la sélection naturelle n’est pas tout ; la nature manifeste de façon générale des traits meilleurs encore en présentant une pertinence fonctionnelle de tous les attributs corporels. Par exemple la pousse des cornes chez les bovins, les cervidés ou les antilopes s’effectue à la place la plus pertinente en matière d’usage de ces cornes. Elles répondent à un concept de combat, de défense ou d’attaque. Jamais on aura vu des cornes disposées ailleurs sur le corps ou même des ébauches de cornes qui ne géneraient pas la vie et la reproduction d’animaux dans des espèces voisines de celles qui en auraient été dépourvues tout d’abord. Je me répète : pourquoi toutes les bêtes à cornes ont-elles des cornes disposées à l’endroit le plus pertinent ? Il aurait pu y avoir d’autres propositions à la sélection naturelle avec des ébauches de cornes qui ne serviraient à rien et disposées ailleurs sur le corps. Des cas similaires d’inutilité ou d’abérration d’attributs corporels auraient dus être observés si l’on ne considère que le hasard des variations génétiques et l’épreuve de la sélection naturelle. Or, tel n’est pas le cas. La nature est créée avec une économie partout présente dans l’utilité de tout ce qu’elle offre à l’observation. Cela, la théorie de l’évolution ne l’explique pas. Pourriez vous me l’expliquer ? Ou alors me suis-je trompé en parlant de pertinence partout observable dans les parties qui composent le tout d’un corps ?

Certains parlent maintenant d'une grammaire des gènes sans doute pour contrecarrer le fait que les probabilités puissent s'appliquer aux variations génétiques et montrer que théorie de l'évolution et sélection naturelle sont deux principes trop peu puissants pour expliquer le monde du vivant réel que nous connaissons et que nous pouvons observer dans sa perfection tous les jours.
Pour moi il n'y a au mieux qu'un lien lâche entre le plan de la cohérence macro-moléculaire du génome et celui de la pertinence corporelle : il n'existe pas de correspondance intelligible entre ces deux plans de cohérence, seulement un déterminisme aveugle de la production du corps par les gènes.

C'est pourquoi j'en conclue que la théorie de l'évolution ne peut pas revétir le caractère de théorie prouvée.

Loïc Barbotin.

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